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  15.06.04
L’HéRITAGE DU FONCTIONNALISME EN ARCHITECTURE
L’héritage du fonctionnalisme
en architecture

Actes du colloque
Cossonay, 5 février 2000,
Association Alberto Sartoris

par Enrico Maria Ferrari

Giampiero Casagrande editore
Lausanne 2003

Table des matières

Pubblication des actes comme temoinage
Enrico Maria Ferrari

Accueil et inauguration de la manifestation
Daniel Aubert, Maire de Cossonay

Importance de la Donation Alberto Sartoris
Maurice Cosandey, président de la Donation.
Ancien président du Conseil des EPFL

Costitution et tache
de l’Association Alberto Sartoris
M. Dimitri Papadaniel

Contributions au thème

Gérer le projet -un leitmotiv des Modernes ?
Bruno Reichlin

Fonctionnalisme urbains raisonnés
Pier Giorgio Gerosa

Forme et/ou fonction au sujet de la creation
de meubles du modernisme
Arthur Rüegg

Architecture et ville Le Corbusier à Venise
Luigi Snozzi
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A l’occasion du premier Centenaire de la naissance
d’Alberto Sartoris, l’Association Alberto Sartoris
(AAS) publie les Actes du Colloque International
qui s’est déroulé en Suisse, à Cossonay, en février
2000, pendant lequel on a débattu un thème de
prédilection de l’architecte disparu en 1998.
La publication que nous présentons ne saurait
naturellement épuiser ce sujet étant donné son ampleur
et l’hétérogénéité culturelle des communicants.
Elle veut être un témoignage de l’événement,
ne se donnant pour tâche que de contribuer
à la réflexion sur la matière.
Comme l’ont bien souligné les communications
des participants, l’«héritage fonctionnaliste» se
présente comme un cristal aux multiples facettes.
Attention donc au plan d’observation, les reflets
luminescents pouvant continuellement varier d’un
lieu à un autre.
Pendant les années vingt et trente, les principaux
protagonistes du débat sur l’architecture, en
particulier en Europe, étaient unis dans un même
enthousiasme. Pour l’Italie, il suffira de rappeler des
publications comme le périodique Quadrante, paru
entre mai 1933 et octobre 1936, sous la direction de
Massimo Bontempelli et Pietro Maria Bardi, Valori
primordiali 1, publié en 1938 sous la direction de
Franco Ciliberti ; et, naturellement, toute la littérature
précédente, animée surtout par l’oeuvre d’Antonio
Sant’Elia ou d’Umberto Boccioni.
Suivant la même matrice fonctionnaliste, on
offre des modèles et des visions de la ville ; on décrit
des urbanisations à bâtir, toutefois, pour une
société encore en devenir. Cette vaste production
suit toujours un parcours sincère qui prend en
compte tant la paisible évolution individuelle que
la transformation collective souhaitée de la façon
d’habiter.
Malheureusement, cette tendance naturelle est
tragiquement interrompue par la deuxième guerre
mondiale, qui représenta une brusque entrave au
devenir du fonctionnalisme : en particulier, en
provoquant la disparition et la dispersion de beaucoup
de ses théoriciens.
Après la guerre, des nécessités différentes et
pressantes s’imposent: l’urgence de reconstruire,
n’importe où et comment ; la formation de nouveaux
itinéraires culturels, la délimitation de nouvelles
frontières nationales.
Un exemple évident de ces transformations se
trouve dans la «géographie» dessinée par l’ordre
alphabétique de la liste des Pays cités dans le livre
Gli elementi dell’architettura funzionale d’Alberto
Sartoris : la dernière édition, publiée, en 1941, est
dépassée par l’entrée en vigueur, au fil des années,
de nouveaux traités internationaux.
Dans l’après-guerre, nous assistons à l’effort de
réactualisation du fonctionnalisme; mais la tentative
de reconstruire l’univers splendide d’antan, par
la réunion de toutes ses forces dispersées, ne réussit
pas. L’architecture n’a plus dans la société le rôle
qu’elle avait autrefois, et pendant les décennies
suivantes, elle semble de plus en plus marginalisée.
Ses règles deviennent de moins en moins séduisantes
dans un environnement où se répand une
industrie du bâtiment «anomale» à tel point que
nous nous sentons contraints à survivre dans cette
anomalie architecturale. A ce propos, la lecture est
éclairante du petit volume, presque prophétique,
d’Alberto Sartoris, intitulé «NO.Posizione dell’architettura
e delle arti in Italia» publié en 1947, où il
mettait en garde architectes et urbanistes du danger
d’une reconstruction «industrialisée» et «standardisée
» des villes et des campagnes.
La notion de «ville» dont nous nous sommes
servis jusqu’ici ne semble plus adéquate à définir le
nouveau type d’espace censé contenir l’exercice de
l’urbanisme contemporain. A cause des nouvelles
dynamiques, l’ancien espace de la ville s’est excessivement
agrandi, sans aucune limite préfigurable
selon les anciens termes géographiques.
Désormais, on ne saurait plus la définir seulement
comme «territoire», car la ville est devenue
un organisme complexe, identifiable seulement à
travers les modes de vie, les modes de production,
les modes d’échange qui ont lieu à son intérieur.
Une question s’ensuit : un territoire (et donc une
ville) continue-t-il à représenter pour les personnes
qui y résident un lieu de mémoire des us et coutumes
qui normalement unissent les habitants dans un rapport
réciproque de respect, besoin et confiance ?
En réalité, il ne s’agit pas de la perte ou d’une
diminution des valeurs institutionnelles. De nouveaux
concepts sont apparus, liés à l’évolution mo-
derne de l’économie et qui ont donné une nouvelle
empreinte à l’urbanisme.
Par exemple : la perte de signification du lieu
de production des marchandises et donc de la richesse,
est en train de réduire les villes à de
simples lieux d’échanges. En outre, d’autres phénomènes
significatifs continuent à se vérifier et
semblent difficilement réversibles.
Bref, ce que nous continuons à appeler «ville» n’est
devenu qu’une banlieue anonyme, une zone infinie
d’hommes et de femmes ; un lieu de consommation,
une circonstance du vivre. De moins en moins, un lieu
de production artisanale, industrielle et culturelle.
Les prémisses manquent ainsi, qui causaient la
formation des agglomérations urbaines. Ni comme
substance ni comme substrat, le ciment ne subsiste
plus qui servait à tenir les personnes dans un lieu
déterminé dans l’espace et le temps.
Voilà la situation. Nous avons en outre la preuve
que, dans des périodes normales, le cours de la
globalisation économique est inexorable.
A la différence de ce qui continue de se vérifier
pour les travailleurs, la globalisation économique
permet au capital de se déplacer en temps réel,
n’importe où dans le monde. Le processus est en
place et se déroule de plus en plus rapidement.
Les barrières d’ordre politique, économique ou
religieux, qu’on voudrait interposer pour contrecarrer
ce phénomène, pourraient se révéler plus
néfastes que le mal qu’on voudrait soigner. Etant
donc conscients de l’inéluctabilité de cette condition
économique – qui marque la fin de l’époque
industrielle et de la ville en tant qu’expression de
celle-ci – nous devons nous préparer à faire face
aux exigences qui s’annoncent pour l’avenir.
Selon les prévisions démographiques, nous pouvons
imaginer que déjà dans le prochain quart de
siècle la plupart de la population mondiale, 5 mil-
liards environ, se concentrera dans une trentaine d’agglomérations
urbaines qui, certainement, ne pourraient
plus s’appeler du nom traditionnel de ville.
Quelle contribution peut offrir l’architecture
au bon gouvernement de ces masses immenses ?
L’architecture peut toujours jouer un rôle fondamental
; et non seulement en termes de quantité,
mais aussi de qualité. Principalement en termes
d’éthique : littéralement, pour la détermination de
la conduite humaine et la recherche des moyens
adaptés à la guider dans le nouveau urbanisme.
Autrement dit, l’architecture n’aura pas la
fonction d’influencer les sentiments et les comportements
de chaque individu, une tâche qui reste
confiée aux dynamiques sociales. L’architecture
devra travailler à modeler avec art ces «espaces»
qui succèderont aux «villes» pour devenir l’environnement
des personnes qui se trouveront à y cohabiter.
L’architecture saura comment contribuer
à l’avenir à libérer les personnes des contraintes
formelles qui les immobilisent encore ; des mille
esclavages économiques imposés par la façon dont
le travail est actuellement organisé.
L’architecture peut et doit alimenter dans les
personnes un sentiment d’évasion du quotidien et
stimuler leur imaginaire. L’architecture atteindra
ce but, en ramenant les individus à se reconnaître à
l’intérieur de la communauté dans le respect des
concepts de simplicité renfermés depuis toujours
dans le contrat social. On reviendra ainsi à parler
d’architecture en redonnant aux termes de «primitif»
et d’«élémentaire» le sens donné par Massimo
Bontempelli à son époque :
Le primitif, c’est la façon d’être au début d’une
époque. L’élémentaire est ce qui reste immuable
et fondamental à travers la fuite du temps.

ASSOCIATION ALBERTO SARTORIS, LAUSANNE NOVEMBRE 2003